Nettoyer son miroir de télescope

 

Le nettoyage est une opération qui suscite beaucoup de questionnements et de craintes à cause du risque de rayures qu'elle présente.

Voici ma méthode, qui tente de se rapprocher de celle de David Vernet, opticien professionnel et astronome amateur.

Elle s'appuie entre autres sur deux constats :

- pour laver la surface du miroir, il faut la toucher avec les doigts.

- Mieux vaut laver souvent.

 

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Ces deux préceptes vont à l'encontre du principe de précaution qui voudrait que l'on touche le moins possible à l'aluminure. Mais force est de constater qu'après de nombreux et réguliers lavages de mon miroir de 400 (et d'autres) en suivant cette méthode, aucune rayure n'est à déplorer.

Insistons sur les bénéfices d'un lavage fréquent : il y a bien sûr la satisfaction d'entretenir la propreté de la surface du miroir, mais aussi et surtout la facilité d'obtenir un bon résultat. Si on attend trop longtemps entre deux séances, les taches sont plus difficiles à enlever.

Ajoutons à cela que, contrairement à l'idée reçue, une aluminure s'abime vite si on ne la nettoie pas : les attaques acides ou biologiques (les champignons, qui se nourrissent des chiures de mouches) créent à la longue des taches qu'on ne peut pas faire disparaître puisque c'est l'aluminure elle-même qui est altérée.

La fréquence dépend du type de télescope et de l'utilisation qu'on en fait. Un tube fermé d'une lame de verre protège les optiques qui sont à l'intérieur, tandis qu'un miroir de Dobson (placé bas, souvent bourlingué en voiture et stocké dans le garage) est très exposé aux salissures. Un télescope entreposé en-dehors d'une habitation chauffée est à surveiller tout particulièrement : avec l'humidité, la moisissure peut s'y développer très vite en hiver.

Le mieux est de vérifier l'état du miroir et d'intervenir si l'on y détecte des petites taches douteuses.

A titre d'exemple, la toilette de mon miroir (Dobson stocké à température extérieure dans un abri roulant très ventilé) est faite tous les trois mois environ.

 

 

Matériel nécessaire :

Du Pec Citron et une éponge neuve. Pas besoin d'eau distillée.

Voici le miroir fautif (diamètre 320), en gros plan.

 

Etape 1 : dégraissage de l'éponge

Imprégner l'éponge de Pec et la rincer abondamment. Celle-ci intervient à la fin du nettoyage du miroir, il serait dommage qu'elle le salisse. L'essorer à fond et la mettre de côté.

 

Etape 2 : douche tonique

Passer le miroir sous le robinet en ouvrant en grand. Le but est d'éliminer -sans aucun frottement- les éventuelles poussières abrasives déposées sur le miroir mais qui n'y sont pas réellement collées. Ne pas hésiter à mettre un peu de pression.

 

Etape 3 : détrempage

Laisser le miroir tremper dans de l'eau chaude et avec du Pec pendant un bon moment. Le décollage des taches grasses en sera facilité par la suite.

Si l'on se contente de ce bain prolongé, le miroir est un peu dégraissé mais l'essentiel des petites taches est encore collé à la surface. Pour les enlever, une action mécanique est nécessaire.

 

Etape 4 : la sortie du bain

Le miroir est rincé et déposé à plat sur l'égouttoir. Il faut laisser peu d'eau dans le creux du miroir : le pencher quelques secondes pour le «vider», la fine pellicule qui y reste accrochée suffit.

 

Etape 5 : le tartinage

Déposer une bonne dose de Pec sur la surface du miroir.

 

Etape 6 : monter l'émulsion

Quand on lave la vaisselle, on fait mousser le Pec avec de l'eau. Ici, au contraire, on ne veut pas obtenir de bulle de savon mais plutôt une mousse à raser dense. Pour y parvenir il faut incorporer non pas de l'eau mais de l'air dans le Pec : poser les doigts sur le miroir et faire de petites rotations de la main avec un bon rythme. En même temps, la main se déplace sur toute la surface et à ce stade on n'appuie pas encore. Les doigts glissent sur le produit d'où l'absence de risque de rayures.

Au fil de ces rotations rapides, le Pec change progressivement de couleur et passe du jaune au blanc en quelques minutes.

 

Etape 7 : le nettoyage, le vrai

Quand l'émulsion est à point (bien blanche, et on ressent qu'elle a atteint une consistance ferme), on peut appuyer davantage. A quel point ? Difficile à dire, en tout cas il ne s'agit pas d'effleurer mais bien d'appuyer. Quand on nettoie les carreaux des fenêtres, les chiures de mouches ne s'en vont pas en soufflant dessus ! Pour ma part, je finis en appuyant franchement. On ressent clairement qu'un coussin de produit s'interpose continument entre la pulpe des doigts et la surface, garantissant qu'on ne risque pas de créer de rayures. La durée est fonction de l'état de salissure initiale, et si après rinçage et séchage le nettoyage s'avère être insuffisant, on peut renouveler l'opération.

 

Etape 8 : le rinçage

Le passage sous le robinet évacue cette mousse, mais étant dure et collante elle ne s'en va pas si facilement. Préférer l'eau chaude plus efficace et qui permet un séchage rapide.

 

Etape 9 : le séchage

Poser le miroir sur la tranche. Malgré sa relative propreté, il subsiste de l'eau accrochée à sa surface et le mieux est de l'en débarrasser. Nul besoin d'eau distillée ou de soufflette pour éviter les traces de gouttes au séchage : on absorbe les résidus d'eau avec une éponge.

Faire des passes horizontales successives et en commençant par le haut du miroir. L'éponge est posée à plat en veillant à ne pas appuyer.

Ici, c'est une éponge à vaisselle, avec une face décapante qui n'est évidemment pas utilisée. Cependant, son côté «normal» est très bien adapté au séchage.

Résultat : aucune rayure, pas de trace de calcaire ni de ressui. C'est seulement à ce stade qu'on peut juger de l'efficacité du nettoyage.

 

 
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