Technique et matériel de dessin
Frédéric Burgeot


 

Faire un dessin astro, c'est comme faire un portrait d'une personne ou saisir un paysage : il faut être fidèle dans le trait, respecter les formes et les proportions, mais aussi faire ressentir la matière, le volume, et parfois même le mouvement.

Partant de là, toutes les techniques du dessin traditionnel sont valables en dessin astro. Malgré tout, on peut ne jamais avoir suivi aucun cours de dessin (comme la plupart des astro-dessinateurs) et s'en sortir tout à fait honorablement.

Ce qui fait la spécificité de l'astro-dessin, c'est la difficulté à voir et à décrypter le sujet dessiné. En effet, l'image observée est le plus souvent petite, ou mouvante, ou peu lumineuse, ou floue, ou peu contrastée, ou tout ça à la fois. Le cerveau travaille dans des conditions inédites, et au départ il faut véritablement l'éduquer à décoder le stimulus envoyé par l'oeil. C'est l'expérience qui fait progresser dans ce domaine.

Notons une spécificité du dessin du ciel profond : plutôt que de dessiner avec des crayons clairs sur papier noir, je préfère tracer mon croquis sur papier blanc, en «négatif». Ainsi, les formations qui sont vues brillantes sont dessinées sombres. Après passage au scanner, le dessin subit une inversion de couleurs, rendant à l'objet dessiné sont aspect tel que vu dans le ciel, c'est-à dire clair sur fond noir.


Pourquoi procéder ainsi ? Parce que je trouve que les possibilités graphiques sur papier blanc sont bien plus étendues, et parce qu'il n'est pas évident de voir sa feuille noire dans l'obscurité !

Le matériel utilisé est basique, j'ai longtemps utilisé (et je le fais encore souvent) du papier d'imprimante de 70g/m², et un porte-mine tout ce qu'il y a de plus banal.

A présent, ma préférence va vers du papier plus épais, car il encaisse mieux l'humidité qui ne manque pas d'imbiber les papiers trop légers. Par contre, le papier épais qu'on peut trouver sur le marché a le plus souvent un grain que je n'apprécie pas. J'ai trouvé en magasin d'art du Canson spécial à grain fin, comme du papier imprimante mais à 160g/m², c'est parfait.

Pour les planètes, le mieux est d'utiliser des gabarits imprimés pour réaliser le contour de celles-ci : il n'y a pas vraiment d'intérêt à tracer des ellipses ou des cercles à main levée dans le froid et dans le noir !


Au niveau des crayons , le graphite est utilisé pour les croquis de la Lune et des galaxies. J'utilise parfois les crayons de papier, mais je reviens toujours vers le porte-mine HB 0,5 qui a le gros avantage de toujours donner un trait vraiment fin, point besoin de le retailler la mine dans la nuit.

Les planètes présentent parfois des couleurs très vives à l'oculaire, l'idéal est donc de les dessiner en couleurs. On ne peut guère envisager de coloriser un croquis pris au graphite, car celui-ci grise le crayon de couleur et le résultat est terne. Le mieux est de dessiner directement aux crayons de couleurs. On retombe alors dans le problème de la finesse de la pointe du crayon, qu'il ne faut pas hésiter à retailler aussi souvent que nécessaire.Le mieux est d'utiliser un taille-crayon à manivelle, il ne casse pas la mine.
Les crayons de couleurs que j'utilise sont des Polychromos de la marque Faber-Castell, ainsi que des Prismacolor.
Ils sont intéressants sur les planètes, mais aussi sur les nébuleuses : un travail par couches successives légères permet d'obtenir un rendu tout en nuances, et si nécessaire très fondu.


Pour la gomme , le mieux est la classique gomme en plastique blanc, qu'on peut martyriser à loisir au scalpel pour tailler des bouts pointus, et ainsi gommer précisément de petites zones.

On entend parfois dire qu'il faut éviter d'utiliser la gommer pendant la phase d'esquisse. Pourtant, il ne faut pas hésiter à gommer une partie du dessin qui serait mal proportionnée plutôt que de conserver une forme peu fidèle à ce qu'on voit à l'oculaire.

N'oublions pas qu'une gomme n'est pas qu'un outil de correction, mais aussi un outil de dessin : elle sert à «ouvrir des blancs» lorsqu'on veut faire apparaître une zone plus claire que le reste. Cela sert aussi bien pour les planètes que pour les objets nébuleux, pour le graphite comme pour le crayon de couleur.


Quant à l' éclairage , l'idéal serait une lampe à LED du type liseuse, dont on peut régler l'intensité avec un potentiomètre. Le fin du fin serait de pouvoir basculer d'un éclairage rouge (pour le ciel profond) à un éclairage blanc (pour les planètes).

La liseuse du commerce est très pratique, car la LED est généralement fixée au bout d'un bras articulé et le tout se fixe à la planchette de dessin à l'aide d'une pince le plus souvent intégrée à la liseuse.

L'inconvénient des liseuses qu'on peut trouver sur le marché, c'est qu'elles éclairent exclusivement en blanc, et ne donnent pas la possibilité de régler l'intensité de l'éclairage. Pour ma part, j'interpose plusieurs épaisseurs de plastique rouge (couverture de cahier) pour teinter la lumière et l'affaiblir également.

Toujours est-il qu'un éclairage adapté conditionne une bonne observation et un bon dessin : trop fort, il éblouit et empêche de voir les détails faibles des nébulosités, trop faible on voit mal ce qu'on dessine.

 

Pour finir, le confort doit être optimum : ne pas avoir froid, observer dans une position confortable, si possible assis, si possible avec un instrument doté d'un entrainement horaire, être en forme etc... tout doit concourir à une concentration maximum.

 

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